Chez Olivier,

Hier tu n’es pas venu.
Rendez-vous manqué.
Tu avais d’autres bras dans lesquels t’abandonner.
Hier, j’ai posé mes bagages chez toi, Olivier.

J’ai dormi dans tes draps étrangers, ton univers familier.
J’ai replongé dans ce lit, dans cet amour, dix ans plus tôt.
A Lille. Fleurs du mal, solitude Parisienne.

Hier, j’étais à Paris, avec toi sur ce lit, où tu tournais les pages,
A Lille, dix ans plus tôt.
Ta main posée sur ton genou tenait le livre.
J’étais allongée à côté. J’écoutais Charles parler dans ta voix.
Je sentais ton habit rouge sur ta peau nue.

Ton sourire au coin de ce mur de pierres où j’habite encore, je l’ai vu derrière les fenêtres de mon âme.
Il apparait quand le soleil de midi fait monter la sève des fleurs nourricières.
En ville ou à la campagne, j’étais dans ce pays qui était notre.

Hier tu n’es pas venu.
Pourtant seule, chez Olivier, Caramel miaulait dans la cuisine et Brel chantait.
Pourtant hier, seule, dans ces draps étrangers, je t’ai vu, Olivier.
Chez Olivier, dans mes bras, je t’ai tenu. Dans ce lit étranger,seule, à Paris, j’étais chez nous. A la ville ou à la campagne, à Lille, à Gorceix, j’étais dans notre pays, seule à Paris.

                                                                                                                      Montmartre, 19 août 2020, 11H15