Extrait 1 (p36-37)

« Vous demandez si vos vers sont bons. Vous me le demandez à moi. Vous l’avez auparavant demandé à d’autres.[…]Eh bien – puisque vous m’avez autorisé à vous donner des conseils- je vous prie de laisser tout cela. Vous regardez vers l’extérieur, et c’est justement cela, plus que tout au monde, qu’il faudrait éviter en ce moment. Personne ne peut vous conseiller, ni vous aider, personne. Il n’y a qu’un moyen, un seul. Rentrez en vous-même. Explorez le fond qui vous enjoint à écrire; vérifiez s’il étend ses racines jusqu’à l’endroit le plus profond de votre cœur, répondez franchement à la question de savoir si, dans le cas où il vous serait refusé d’écrire, il vous faudrait mourir. C’est cela avant tout : demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de la nuit : suis-je contraint d’écrire ? […] s’il vous est permis de faire face à cette question sérieuse par un simple et fort  » J’y suis contraint  » , alors construisez votre vie en fonction de cette nécessité, votre vie doit être jusqu’en son heure la plus indifférente et la plus infime, signe et témoignage de cet irrépressible besoin. Puis approchez vous de la nature. Puis tentez, comme si vous étiez le premier homme de dire ce que vous voyez, ce que vous vivez, ce que vous aimez et ce que vous perdez […] »